Si je fais ça, mon couple est mort

Compter les points (et les tâches ménagères) dans le foyer

La fin des règles
4 min ⋅ 04/07/2023

Mille mercis à vous tous qui m’avez écrit un petit mot suite à ma précédente newsletter. Je n’arrive pas encore à trouver une régularité hebdomadaire donc plus difficile pour vous de savoir à quoi vous attendre mais j’ai quand même un taux d’ouverture exceptionnel de 84 % donc ça fait hyper plaisir !

J’ai écouté l’épisode de Genre de Fille, un très chouette podcast, avec Ovidie comme invitée et ça m’a fait réfléchir toute la semaine.

Pour la faire courte dans La chair est triste hélas sorti en mars dernier, Ovidie raconte d’une très jolie plume que les relations sexuelles avec les hommes sont tellement 1 insatisfaisantes, 2 humiliantes, 3 une perte de temps et 4 d’argent et qu’elle a décidé de s’en passer.

Elle raconte que c’est insupportable à entendre pour les hommes. Une femme qui ne baise plus alors qu’elle a 40 ans et que donc elle peut encore servir, c’est gâché. Elle en aurait 50, bien sûr on aurait compris qu’elle puisse se sentir elle-même périmée et donc se supprimer elle-même du marché. Mais là, non quand même, ça fait mal au cœur.

Attention, pour clarifier son propos, contrairement à ce que cela laisse imaginer au premier abord, Ovidie ne renonce ni au lesbianisme et ni au plaisir solitaire.

Et je me demande : est-ce que cette femme est libre ? Mon intime conviction c’est que contrairement à l’image qu’elle dégage, en vérité elle ne l’est pas.

Je suppose que ce que tout le monde ressent c’est une transgression inversée, en miroir de son activité dans le porno, il y a plus d’une vingtaine d’année. Elle avait du cran, elle en a toujours, elle continue de prendre les chemins à contre courant. Et pour cela, respect.

Mais être anti-conformiste ne signifie pas être libre.

Dans ses propos, elle dénonce les rapports hommes/femmmes comme une grande mascarade. Pourquoi les femmes portent-elles des talons au bureau alors que bien sûr on sait qu’elle ne vont pas se taper le boss ?

Et le plus emblématique de l’épisode de podcast : on ne s’épile pas la raie du c*l pour soi.

Le problème de l’absence de liberté m’est surtout apparu en écoutant le podcast plutôt qu’en lisant le livre.

On comprend au début qu’elle a intégré les codes de la beauté et de la séduction tellement fort que cela lui a pourri la vie (exemple quand elle se fait cryolipolyser le ventre) au point qu’elle dit Stop aux hommes. Car ce sont bien eux qui imposent ce diktat aux femmes (dixit Ovidie). Mais plus loin, elle explique ne pas se permettre de sortir avec un homme plus jeune qu’elle. Physiquement, ils seraient trop mal-assortis et elle aurait honte. Et que des hommes se refassent une jeunesse avec une fille de l’âge de leur propre fille ça la débecte.

A la lire je comprends que pour elle il n’y a aucune libération possible du regard masculin.

Dans La chair est triste et hélas et dans tout son travail il y a au coeur l’idée que l’intime est politique. Le féminisme commence dans la chambre à coucher, c’est donc le premier lieu de déconstruction du patriarcat.

Je pense qui si ses textes m’ont tellement touchée c’est justement parce qu’ils ont exactement le même point de départ que le mien avec La fin des règles. L’intime et le politique c’est ma vie.

Mais dans son discours, c’est immédiatement un compte d’apothicaire qui se met en place dans le couple. Tu fais ça pour moi / je fais ça pour toi. A force d’avoir trop donné aux hommes (cf les point 1 à 4 vus plus haut) et pas assez reçu, elle préfère se retirer.

Et ce début de comptabilité c’est aussi le début de la mort du couple. De mon expérience, et de tous ceux qui j’imagine le pratiquent comme moi, il n’y a pas de couple si je ne commence pas par me demander ce que je peux faire pour l’autre sans me poser la question de ce que je vais recevoir. Et plus ça va mal plus il faut donner.

Compter, que ce soit les tâches domestiques ou amoureuses, c’est ne pas être libre.

Ce qui m’a donc sauté aux yeux en lisant ce livre ce sont les biais d’Ovidie : une célibataire anarchiste, féministe radicale, victime non traumatisée de violences sexuelles, en colère, en recherche honnête de vérité.

Et cela me permet de mieux voir mes propres angles morts et ce qu’ils m’empêchent de remettre en question des rapports hommes / femmes : une bourgeoise souriante mariée à un homme plus âgé et mère de famille nombreuse.

Résultat : j’accepte de me faire inviter par un homme au restaurant. Ovidie fait toujours moit/moit. Tout leur devoir. Ne rien leur devoir.

J’en reste là et si vous voulez découvrir une femme vraiment libre (qui entre autres adore se dire une cougar), je vous invite à écouter l’épisode de la fin des règles avec Karine Arneodo qui est déjà en ligne.

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La fin des règles

Par Aude Hayot

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