Quoi qu'ils disent les hommes ont tout faux

On attend des hommes qu'ils soient solidaires des femmes, qu'ils likent massivement les posts qui parlent de ménopause tout en leur faisant sentir qu'ils ne sont pas légitimes sur les sujets féminins, et pas les bienvenus. D'où ma question, comment m'adresser à eux sans faire fuir mon audience féminine ?

La fin des règles
4 min ⋅ 13/11/2023

Bonjour à tous,

Bienvenue aux nouveaux lecteurs dans cet espace où je tente de faire aboutir mes reflexions et je l’espère enrichir les vôtres 😉

Cette semaine j’échangeais avec Alexandra Aslanides qui m’aide à redéfinir les messages autour du podcast et elle me demandait si je souhaitais rééquilibrer mon audience qui est majoritairement féminine, et donc aller chercher des auditeurs, enfin des hommes. C’est vrai que rien ne me fait plus plaisir que quand un homme me dit qu’il écoute et suit mes podcasts. Je pense que le sujet de la ménopause ne commencera à exister vraiment que quand les hommes (et aussi les femmes trentenaires) considèreront que c’est un sujet qui les concerne.

De la même manière que l’on attend des hommes qu’ils se sentent concernés par le féminisme.

Sachant cela, Alexandra me demande quels messages je souhaiterais adresser pour inclure les hommes.

Et là je réalise que ma première réaction est de faire marche arrière. Oui j’ai trop peur de m’aliéner l’audience féminine, de perdre l’écoute des femmes si je tente de m’adresser aux hommes.

Pourquoi cela ?

Est-ce que j’ai raison de penser qu’on a tellement de raisons de leur en vouloir d’accaparer la parole qu’on finit par chercher des raisons de leur en vouloir tout court ? Et sur des sujets aussi intimes que la ménopause je le ressens puissance 10.

Mon opinion c’est que quoi qu’ils disent aujourd’hui les hommes ont tout faux. Je veux dire : on leur donnera toujours tort. On veut des hommes féministes mais dès qu’ils abordent des sujets féminins on les accuse de mansplaining.

Vous voyez ce que je veux dire ?

Déjà, il y a ce fameux plateau de CNews où Pascal Praud invite le Dr Mouly à l’occasion de la journée de la ménopause.

J’ai passé la journée du 18 octobre à suivre heure par heure le déferlement de quolibets sur les réseaux sociaux. J’étais moi-même prise entre l’amusement et la consternation.

Amusée parce qu’aligner un plateau de mecs pour parler de ménopause, avec tout ce que cela dit de l’accaparement des sujets par les hommes sans aller chercher un témoignage de femme, l’image est drôle en elle-même bien sûr.

En même temps quelle idée aussi d’en attendre mieux de Cnews et Pascal Praud.

Et puis consternée de ces hommes qui se disent très satisfaits du traitement hormonal pris par leurs épouses dont on comprend qu’elles ne leur cassent plus les pieds et sont d’accord pour baiser. Je connais par coeur ce mécanisme, comme une réminiscence du marketing autour du traitement hormonal des années 60 aux Etats-Unis (sur ce sujet vous pouvez écouter mon podcast coécrit avec Marine Pétroline des Chroniques du sexisme).

Et bien oui, si des hommes se mettent à parler ménopause on aimerait bien que ce soit pour s’inquiéter de l’épanouissement de leur femme plutôt que de leur confort personnel.

Mais les femmes ont été si nombreuses à trouver matière à rire que cet épisode m’a laissé avec le sentiment qu’il va être difficile pour les hommes de trouver la juste manière de s’insérer dans ce sujet.

Je n’ai aucune idée de comment on fait pour pointer le mansplaining sans tomber dans le manbashing.

Il y a pourtant beaucoup de choses à dire aux hommes. Eux aussi traversent ce passage de la midlife, et certains d’entre eux sont confrontés à des symptômes pas toujours très sympas. Je veux parler de l’andropause : la baisse un peu trop brutale et précoce de la testostérone et qui concernerait 10 % des hommes peut-être.

Mais je n’ai pas envie de faire de La fin des règles un lieu où l’on met en balance la ménopause et l’andropause et le simple fait que l’on ait construit ce mot d’andropause sur le mot féminin préexistant me choque.

Je regarde de près comment les entreprises s’emparent de ce sujet dans leur politiques de care à destination de leurs collaborateurs. En octobre, AXA a annoncé intégrer la ménopause et l’andropause dans leur programme de santé. En voyant la ménopause et l’andropause accolées j’y ai immédiatement vu une nécessité, disons politique, de non discrimination à l’égard des hommes, qui me paraissait tellement articificielle. Je me suis dit : il faut encore qu’ils nous volent nos symptômes en faisant exister l’andropause au même niveau que la ménopause, alors que pour eux le sujet s’arrête à la dysfonction érectile.

Finalement je pense que j’ai eu tort de réagir comme ça. Il y a une telle attente de virilité vis-à-vis des hommes que pour eux également l’andropause est une violence à adresser.

Les épisodes

Le prochain épisode sera avec Anne-Cécile Michelet, autrice d’un ouvrage sur l’andropause, fait de témoignages d’hommes concernés. C’est l’épisode 24, “l’andropause s’est invitée dans ma chambre à coucher”.

Voici un selfie qu’on avait fait ensemble

Anne-Cécile Michelet et moiAnne-Cécile Michelet et moi

Vous pouvez toujours écouter l’épisode 23 avec Constance Hamel

Constance Hamel et moi après l'enregistrementConstance Hamel et moi après l'enregistrement

Si vous également vous avez envie de témoigner, j’ai un ouvert un nouveau canal : vous pouvez désormais me laisser un vocal.

Il vous suffit de cliquer ici pour vous enregistrer.

Un partage, une idée, un coup de gueule, des bisous, je prends tout 🙏

Et s’il y a assez de matière j’en ferai sans doute un épisode donc allez-y !

Les commentaires des auditrices et auditeurs sont hyper importants pour faire découvrir le podcast et beaucoup d’entre vous m’envoient très souvent un mot de félicitations et d’encouragement. Cela a été essentiel pour me donner la force de continuer le podcast jusqu’à maintenant. Vraiment merci 🙏

On parle de moi

Ces derniers jours je suis citée dans un article de Welcome to the Jungle à propos de la ménopause en entreprise.

Et je suis intervenue dans le podcast de Claire Flury sur le même sujet

Plaff, le podcast des femmes +50 sur le marché de l'emploiPlaff, le podcast des femmes +50 sur le marché de l'emploi

Mon objectif pour les prochaines semaines est de multiplier les apparitions dans les podcasts.

A découvrir

J’ai échangé cette semaine avec deux femmes qui lancent une plate-forme digitale autour de la nutrition à la ménopause. Je suis vraiment contente de voir que de plus en plus d’initatives de ce genre émergent et ces deux femmes ont l’air de faire du super boulot. Il s’agit en même temps d’une communauté de soutien, si vous testez venez me dire ce que vous en pensez, ça m’intéresse. Voici le lien

Fonceuses en FormeFonceuses en Forme

Merci d’avoir pris le temps de me lire. Un mot ou une réaction de votre part me fera extrêmement plaisir :) Si vous pensez que cette lettre peut intéresser une personne de votre entourage, s’il vous plait, partagez-là !

Vous pouvez aussi retrouver toutes les anciennes éditions sur Kessel

Love

PS : toujours aussi marrant d’explorer les biais cognitifs de Midjourney, en tapant “andropause”, je n’obtiens que des images de femmes. Il a fallu que je lui demande donc spécifiquement de représenter un homme

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La fin des règles

Par Aude Hayot

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